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Un siècle d’émancipation des femmes à travers la mode

émancipation des femmes

2018. En l’espace d’un siècle, la mode féminine s’est transformée. Avec entre autres l’abandon du corset, des matières pesantes, des robes et des jupes qui dévoilent à peine les chevilles… Mais également la popularisation du pantalon pour femme, du tailleur et de la mini-jupe. À l’image de ce siècle décisif en termes de bouleversements politiques, économiques et sociaux, la mode a accompagné l’émancipation sociale des femmes. Pour beaucoup, elle s’est même imposée comme un moyen de démontrer une volonté d’indépendance et de liberté. Un marqueur social. Un vecteur d’appartenance.

 

Tout au long du vingtième siècle, la mode nous a rappelé à quel point elle était une expression esthétique de l’air du temps. Rétrospective des six évènements marquants, de 1918 à 2018.

Un siècle d’émancipation des femmes à travers la mode.


 

1. ET CHANEL CRÉA… LA FEMME MODERNE

Chanel rue Cambon

Sans surprise, Coco Chanel est de manière unanime désignée comme la créatrice qui va précéder, puis accompagner, l’émancipation de la femme Française par la mode. Dès 1910, Chanel, dans sa première boutique située à Paris, milite contre les carcans imposés aux femmes. Des corsets, n’en parlons plus ! Coco Chanel veut habiller la femme moderne, la femme active. Elle veut en effet proposer des nouvelles silhouettes, épurées, décontractées. Imposer une mode créée par la Femme pour les femmes. Alors, elle supprime la taille, très marquée par les corsets, et raccourcit les jupes. Chanel veut avant tout une mode pratique, qui se porte, et résiste aux tâches du nouveau quotidien des femmes.

Chanel pendant la guerre.

Lorsque la première guerre mondiale éclate, en 1914, la création n’est pourtant pas mise à l’arrêt. D’ailleurs, Coco Chanel et Jeanne Lanvin, seconde figure emblématique de la mode féminine au début du siècle, comptent parmi les ateliers les plus actifs en France, alors que les grands couturiers sont partis au front. En 2017, la Bibliothèque Forney à Paris consacrait une exposition, « Mode & Femmes 14/18 », sur l’émancipation précoce des femmes durant la Grande Guerre. Car désormais, les femmes sont elles-aussi appelées à travailler. Et pour travailler efficacement, mieux vaut être mobile. Durant la première guerre mondiale, les femmes revêtent donc leurs premiers uniformes de travail dans les exploitations agricoles et les usines…

Seuls quelques bijoux et un col blanc qui dépasse légèrement d’une tenue d’ouvrière distinguent la femme de l’homme. L’exposition nous apprend que la presse s’empare de ce changement radical de tenue. En effet, devant l’urgence de la guerre et la survie, « l’élégante » est raillée et moquée. Temporairement du moins, puisqu’à la fin de la guerre on appelle les femmes à « repeupler la France ». Mais les désirs d’indépendance sont là, en germe.

L’après guerre.

Après la guerre, Coco Chanel crée ainsi le premier tailleur en jersey, un tissu confortable et extensible qui était notamment utilisé pour les uniformes des hommes partis au front. Avec ce jersey, elle ancre résolument la femme dans son époque, en lui proposant un vêtement pratique, adapté au quotidien d’une femme active.

S’ensuit la création de la « petite robe noire », qui détourne pour la première fois la couleur d’un vêtement exclusivement réservé à la veuve et aux deuils. Dix années plus tard, à l’aube des années 30, Coco Chanel pose en pantalon large et marinière, summum de l’élégance, du confort, et du style à la française.

 


 

2. PREMIER ÉTÉ EN BIKINI

Brigitte Bardot

Brigitte Bardot en bikini / 1953 – Photo : www.vogue.com

Quelques années plus tard, la mode est une nouvelle fois portée par le contexte politique et social, qui va lui offrir un tout nouveau terrain de jeu : le maillot de bain. Même s’ils sont encore résolument sages comparés aux bikinis du nouveau millénaire, les maillots de bains de l’été 36 – année des premiers congés payés en France – sont révolutionnaires. Épaules, jambes, cuisses dénudées : le corps de la femme se dévoile, la femme s’émancipe !

Il faudra dix années de plus pour voir éclore le vrai bikini, composé d’un soutien-gorge et d’une culotte – deux triangles reliés à une corde – inventé par le français Louis Réard, ingénieur automobile de métier. Dévoilant la femme comme jamais auparavant, la pièce fait scandale et est interdite dès 1949 sur les plages françaises, belges, espagnoles et italiennes. Il faudra attendre le milieu des années 50, avec sa première vague de stars américaines glamour, pour que le bikini soit à nouveau popularisé à grande échelle.

Grâce à Brigitte Bardot, aperçue lors du Festival de Cannes en 1953 dans son bikini fleuri rouge et blanc, puis dans le légendaire « Et Dieu… créa la femme », le bikini entre dans l’histoire.

 


 

3. LA JUPE SE VEUT MINI

Twiggy Photo : Twiggy  © Créative Commons

C’est la décennie de toutes les audaces. Les années 60 consacrent l’émancipation du corps féminin, sous l’impulsion de créateurs osant s’affranchir des codes bourgeois pour explorer l’idée d’une nouvelle féminité, où tout reste à découvrir. Cette nouvelle génération, issue du baby-boom, s’impose, bien décidée à prendre le contre-pied du mode de vie dicté par les générations précédentes… En 1960, on ignore encore que les femmes vont dévoiler plus que leurs genoux…

La première mini-jupe sur le sol français

Car ce que Chanel refusait, Mary Quant et André Courrèges l’assument. En 1964 défile la première mini-jupe sur le sol français : un évènement qui bouscule la morale et provoque le scandale. La première à oser ? Mary Quant, une jeune styliste britannique, qui porte la mini-jupe quand la plupart des femmes ne dévoilent pas même leurs chevilles. « La manière de s’habiller des adultes ne m’attire pas du tout, je ne veux pas leur ressembler plus tard », disait-elle, affirmant que la mode des sixties se devait d’être « arrogante, agressive et sexy… » Séduit par la féminité et l’once de provocation émanant de la mini-jupe, André Courrèges s’en empare et contribue largement à la populariser. Dans sa collection printemps-été 1965, il l’associe à de longues bottes.

Une pluie de célébrités suivent la tendance : bientôt Brigitte Bardot, Catherine Deneuve, Jane Fonda ou Twiggy oseront dévoiler leurs jambes au monde entier… Et Brigitte de déclarer : « la mode, c’est pour les grands-mères ! », faisant allusion à la nouvelle génération de créateurs, plus débridée et audacieuse, délaissant la haute-couture pour un nouvel art plus global : le prêt-à-porter.

La grande force des sixties est de démocratiser la mode

Grâce au prêt-à-porter, désormais, toutes les femmes peuvent opter pour une mini-jupe. Les boutiques se développent et deviennent accessibles. Le phénomène d’émancipation n’est plus réservé à une élite : il se décuple et se propage jusque dans les rues… L’un des plus grands créateurs français va s’imposer dans cette décennie si particulière, sous le nom d’Yves Saint-Laurent…

 


 

4. LA REVOLUTION DU TAILLEUR PANTALON

Françoise Hardy

Smoking porté par Françoise Hardy – Photo : www.vogue.com

Yves Saint-Laurent s’installe à Paris en 1954, alors âgé de 18 ans. Repéré et reconnu rapidement grâce à Christian Dior, c’est avec lui qui il fera ses premières armes. Si Saint-Laurent n’a pas inventé la petite robe noire, le maillot de bain ou la mini-jupe. Sa plus grande empreinte dans l’histoire de la mode sera d’adapter les classiques du vestiaire masculin aux femmes. En effet, Yves Saint-Laurent vise à faire du pantalon « un élément de base du vestiaire féminin », ainsi qu’un emblème de l’état d’esprit qui traverse l’ensemble de ses créations : la liberté et l’égalité.

Comme Coco Chanel à son époque, Saint-Laurent est convaincu qu’une femme active a besoin de vêtements pratiques et confortables. En démocratisant l’usage du pantalon chez les femmes, Saint-Laurent s’engage et accompagne les femmes dans leur nouvelle réalité. Celles-ci sont en effet de plus en plus nombreuses à travailler dans l’industrie et les services. Elle souhaitent s’habiller chic, mais aussi disposer du confort nécessaire.

  • 1965 :

Saint-Laurent s’approprie la mini-jupe lors de son célèbre défilé « Mondrian ».

  • 1966 :

Il lance le smoking pour femme, porté plus tard par Françoise Hardy un soir d’Opéra.

  • 1967 :

C’est au tour de l’emblématique premier tailleur-pantalon pour femme : manches ajustées, taille cintrée, pantalon évasé, talons hauts et bijoux. La femme des années soixante – et d’aujourd’hui encore – se dessine.

 


 

5. ON SE REGARDE LE NOMBRIL

Jean-Paul Gaultier

Jean Paul Gaultier pour Madonna / 1990 – Photo : www.furinsider.com

Britney Spears, les Spice Girls, Cindy Crawford, Courtney Love. La génération 90 nait dans un nouveau monde : l’émancipation des femmes n’est plus à faire. En effet, leurs ainées s’en sont chargées. Ainsi, décomplexées par les années hippies, les femmes ne rechignent plus à dévoiler leur nombril. En somme, les tops sont largement raccourcis et deviennent « cropped », on ose des jupes de plus en plus « mini », on se hisse sur des talons plateforme vertigineux, et la lingerie doit désormais se voir. La mode est aux groupes de filles, les girl’s band, avec des chansons et attitudes très girl power.

A l’aube du nouveau millénaire, les femmes jouent avec les codes et se permettent toutes les audaces. On pense à Cindy Crawford, débardeur moulant et minishort dans la pub Pepsi diffusée lors du SuperBowl 1992. Ou encore à Madonna et son corset à seins pointus. Dessiné par Jean-Paul Gaultier, à l’occasion de sa tournée « Blond Ambition Tour ».

 


 

6. UNE MANIF SIGNÉE CHANEL

Défilé Chanel Feminist

Final du défilé Chanel, le 30 septembre à Paris. G.Fuentes/REUTERS

« Ladies first », clin d’œil au mouvement « He for She », « We can match the machos ». À l’occasion du défilé Chanel printemps-été 2015, un vent de revendication a soufflé dans la salle magistrale du Grand Palais. Emmenées par le mannequin emblématique d’une génération, Cara Delevingne, tant pour son engagement en faveur des femmes qu’en faveur de la communauté homosexuelle. Les silhouettes Chanel ont défilé, scandant les slogans féministes et politiques écrits à la peinture noire sur de grandes pancartes en bois.

Ainsi, le défilé Chanel s’est transformé en manifestation au goût d’un mai 68.  Seule solution pour le créateur, Karl Lagerfeld, de secouer la société devenue trop rétrograde à ses yeux. En effet, celui qui a repris les rennes de l’entreprise créée par Gabrielle Chanel perpétue encore, un siècle après, l’engagement de la maison en faveur des femmes.

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Aujourd’hui, même s’il persiste des inégalités, notamment pour l’accession aux postes les plus prestigieux et de niveau de rémunération, la femme a su gagner son indépendance. En 2018, les façons de s’habiller questionnent moins le corps de la femme. La mini-jupe et le pantalon sont devenus des basiques, ordinaires, du vestiaire féminin. Cependant, cela ne veut pas dire que la mode ne s’emparera pas, à l’avenir, de nouveaux sujets. Aussi en rapport avec l’émancipation des femmes.

En février, pour sa collection automne-hiver 2018-2019. Dior, sous la direction de la première femme de la maison, Maria Grazia Chiuri, saisi l’opportunité d’un défilé pour faire écho à l’affaire Weinstein. À travers un pull en jacquard oversize estampillé de plusieurs « NON ». La mode reste à jamais miroir de l’évolution de la société.